{"id":288,"date":"2012-04-02T20:34:11","date_gmt":"2012-04-02T20:34:11","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.litsee.com\/?p=288"},"modified":"2020-05-09T08:02:21","modified_gmt":"2020-05-09T06:02:21","slug":"une-nuit-delicieusement-etrange","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/paulinedumail.com\/index.php\/2012\/04\/02\/une-nuit-delicieusement-etrange\/","title":{"rendered":"Une nuit d\u00e9licieusement \u00e9trange\u2026"},"content":{"rendered":"<p>[et_pb_section fb_built=\u00a0\u00bb1&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb3.22&Prime;][et_pb_row _builder_version=\u00a0\u00bb3.25&Prime; background_size=\u00a0\u00bbinitial\u00a0\u00bb background_position=\u00a0\u00bbtop_left\u00a0\u00bb background_repeat=\u00a0\u00bbrepeat\u00a0\u00bb][et_pb_column type=\u00a0\u00bb4_4&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb3.25&Prime; custom_padding=\u00a0\u00bb|||\u00a0\u00bb custom_padding__hover=\u00a0\u00bb|||\u00a0\u00bb][et_pb_text _builder_version=\u00a0\u00bb3.27.4&Prime; background_size=\u00a0\u00bbinitial\u00a0\u00bb background_position=\u00a0\u00bbtop_left\u00a0\u00bb background_repeat=\u00a0\u00bbrepeat\u00a0\u00bb]<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Andrea est au 3\u00e8me \u00e9tage. Il regarde la grande table en bois, g\u00e9n\u00e9reuse et massive, qui tr\u00f4ne au rez de chauss\u00e9e. Il a envie de la toucher, de la sentir tout contre lui, de se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer au contact de ce bois salvateur. Il est totalement abasourdi par ce qui vient de lui arriver. Les deux anges de sa vie viennent de le quitter brutalement et \u00e0 jamais. Ce petit homme, qu\u2019il aimait comme si c\u2019\u00e9tait son propre fils, assassin\u00e9 brutalement par son p\u00e8re, qui a d\u00e9couvert qu\u2019on le trompait depuis tout ce temps. Andrea sent une boule de feu au niveau du plexus solaire, et le d\u00e9but de son \u0153sophage dans sa gorge qui se r\u00e9tr\u00e9cit. Il a mal \u00e0 des endroits qu\u2019il ne connaissait pas. Et cette douleur est trop fra\u00eeche et trop violente pour qu\u2019il puisse l\u2019exprimer. Pas de larmes, pas de cris, pas de violence. Tout est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Quant \u00e0 son autre ange, la maman de ce petit gar\u00e7on, qu\u2019il a aim\u00e9e comme il n\u2019avait jamais aim\u00e9 personne, passionn\u00e9ment, tendrement, s\u00e9v\u00e8rement parfois, toujours avec un grand respect et une complicit\u00e9 sans pareille, elle a disparu, s\u2019est \u00e9vanouie, et il sait qu\u2019il ne la reverra jamais. Son Eden appartient au pass\u00e9 \u00e0 pr\u00e9sent, et laissera une empreinte, juste une empreinte, dans son c\u0153ur, quand l\u2019amertume et la douleur se seront estomp\u00e9es.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9chelle a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9e. Pour descendre, il va falloir faire des acrobaties. Mais cela ne fait pas peur \u00e0 Andrea. C\u2019est un homme trapu, aux mains charnues, habitu\u00e9 \u00e0 l\u2019effort. Un d\u00e9fenseur actif des Alg\u00e9riens qui subissent tortures et violences dans l\u2019ignorance et l\u2019indiff\u00e9rence totale de leurs contemporains, qui milite, et se met souvent en danger pour d\u00e9fendre leur cause. Alors ce ne sont pas trois petits \u00e9tages qui vont lui faire peur. Le voici donc en train de descendre les \u00e9tages, s\u2019accrochant m\u00e9ticuleusement, s\u2019aidant de ses jambes, tel un grimpeur averti. Il arrive en bas en quelques minutes, sans difficult\u00e9, s\u2019assoit pr\u00e8s de la table, pose sa t\u00eate dessus, bras \u00e9cart\u00e9s, et prend une grande respiration. Il fait tr\u00e8s sombre.<\/p>\n<p>Tout \u00e0 coup, la lumi\u00e8re s\u2019allume, et Andrea d\u00e9couvre qu\u2019il n\u2019est pas seul. Une jeune femme, v\u00eatue d\u2019une robe noire d\u2019un autre temps, se tient pr\u00e8s de l\u2019interrupteur, et regarde avec curiosit\u00e9 les ordinateurs situ\u00e9s au bout de la pi\u00e8ce. \u00ab Bonjour \u00bb, dit-elle timidement. Andrea la regarde, sans rien dire, calmement, bien qu\u2019un peu surpris, et un peu d\u00e9rang\u00e9.<\/p>\n<p>Elle se met \u00e0 lui raconter Venise, et elle ne sait pas pourquoi, elle qui d\u2019habitude est si pudique, face \u00e0 Andrea, \u00e0 cette nature brute et authentique, elle se met \u00e0 d\u00e9verser le trop plein qu\u2019elle a sur le c\u0153ur, son histoire d\u2019amour avec Anzoleto, sa trahison, son comportement volage, et surtout son rapport futile \u00e0 l\u2019art qui est si sacr\u00e9 pour elle. Au fur et \u00e0 mesure qu\u2019elle avance dans son discours, le ton de sa voix monte, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle en arrive \u00e0 hurler sa douleur. Puis elle se calme, et regarde Andrea d\u2019un air interrogatif et curieux.<\/p>\n<p>Andrea observe cette jeune femme et sa col\u00e8re, bien qu\u2019il ne comprenne pas un mot de ce qu\u2019elle raconte. Sa langue \u00e0 lui est le Hongrois, et celle qu\u2019il utilise dans sa vie quotidienne parisienne le Fran\u00e7ais. Consuelo est italienne, et quand elle comprend qu\u2019Andrea n\u2019a pas compris un traitre mot de son discours, elle se met \u00e0 rire, d\u2019un rire clair et pur, qui la transforme totalement, la faisant passer de laide \u00e0 belle.<\/p>\n<p>Ils d\u00e9couvrent ensuite qu\u2019ils connaissent le fran\u00e7ais tous les deux, et c\u2019est un charmant \u00e9change qui commence alors, du fran\u00e7ais \u00e0 la sauce hongro-italienne. Andrea vient des ann\u00e9es 60, et Consuelo du 19\u00e8me si\u00e8cle\u2026.<\/p>\n<p>Soudain, un coup de vent soul\u00e8ve leurs chevelures, poivre et sel pour Andrea, noire \u00e9b\u00e8ne pour Consuelo, d\u2019une mani\u00e8re presque imperceptible d\u2019abord, puis une deuxi\u00e8me fois, un peu plus franchement. C\u2019est alors qu\u2019ils l\u00e8vent les yeux, et voient une charmante et jolie sorci\u00e8re du moyen \u00e2ge, qui descend du 7\u00e8me \u00e9tage, sur son balai, lorsque le balai tangue \u00e0 droite, puis tangue \u00e0 gauche, et vlan ! voil\u00e0 notre petite sorci\u00e8re au milieu de la table, dans une position embarrassante, qui semble plus d\u2019ailleurs g\u00eaner les autres qu\u2019elle-m\u00eame, sur la partie la plus charnue de son individu et les quatre fers en l\u2019air\u2026<\/p>\n<p>\u00ab Ouch \u00bb dit-elle en se relevant et en se frottant douloureusement l\u2019arri\u00e8re-train. \u00ab Bonjour, je me suis \u00e9chapp\u00e9e car on voulait me br\u00fbler. J\u2019esp\u00e8re que vous n\u2019avez pas ce genre de vell\u00e9it\u00e9s ? \u00bb&nbsp; Tout en parlant, elle sort de sa besace magique une fiole, dont elle verse quelques gouttes dans sa main, puis qu\u2019elle applique l\u00e0 o\u00f9 la douleur tape. Consuelo, intrigu\u00e9e et int\u00e9ress\u00e9e, approche son nez de la fiole, et d\u00e9couvre alors une odeur in\u00e9dite, ni agr\u00e9able ni repoussante, qui ne fait pas partie de sa m\u00e9moire olfactive. \u00ab C\u2019est de l\u2019huile essentielle d\u2019immortelle \u00bb lui dit la sorci\u00e8re avec ses yeux rieurs et espi\u00e8gles. \u00ab C\u2019est la sp\u00e9ciale h\u00e9matomes ! \u00bb<\/p>\n<p>Notre petite sorci\u00e8re respire alors l\u2019air ambiant, et s\u2019impr\u00e8gne des \u00e9nergies de ce nouvel endroit. Elle ressent ainsi la violence du choc et de la douleur d\u2019Andrea, ainsi que la col\u00e8re de Consuelo. Elle sort de sa besace deux autres fioles, \u00e0 boire cette fois, une pour Andrea, et une pour Consuelo. \u00ab Tenez \u00bb dit-elle (sa langue \u00e0 elle est le fran\u00e7ais),&nbsp; Le Rescue pour vous Monsieur, et le H\u00eatre pour vous Mademoiselle.<\/p>\n<p>Chacun prend ses gouttes, et tout \u00e0 coup, les \u00e9motions n\u00e9fastes font place \u00e0 un bien-\u00eatre plein, cet endroit devient p\u00e9tillant et paisible, et attire Colin, qui arrive de l\u2019espace enfants, transport\u00e9 par le petit nuage qui sert de tabouret aux petits en journ\u00e9e, et envelopp\u00e9 tout entier d\u2019une voluptueuse odeur de rose. La fleur de l\u2019amour.<\/p>\n<p>Oui, Colin est amoureux, et \u00e7a se voit. Vous savez, c\u2019est une petite boule de paillettes qui p\u00e9tillent en-dessous du nombril. Et puis \u00e7a remonte tout l\u2019\u0153sophage, \u00e7a entoure les \u00e9paules, \u00e7a redescend dans le dos, \u00e7a passe dans les reins avant de remonter jusqu\u2019\u00e0 la bouche, \u00e7a tire les zygomatiques vers le haut, et puis les deux paillettes qui sont n\u00e9es sous le nombril viennent se loger chacune dans un \u0153il. \u00c7a tire la t\u00eate vers le haut et \u00e7a la met dans le nuage rose. \u00c7a acc\u00e9l\u00e8re les battements du c\u0153ur. \u00c7a d\u00e9concentre, \u00e7a destabilise et \u00e7a rend heureux.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les pr\u00e9sentations, la petite sorci\u00e8re donne \u00e0 Colin un peu de cl\u00e9matite pour qu&rsquo;il soit avec eux, et s\u2019\u00e9crit tout \u00e0 coup : \u00ab je suis affam\u00e9e ! je mangerais du lion ! \u00bb ce \u00e0 quoi Colin, \u00e9cumant son livre, r\u00e9pond : \u00ab oh ! quelle bonne id\u00e9e ! nous allons partager l\u2019anguille que mon ami a cuisin\u00e9e, c\u2019est un artiste, attention les papilles ! \u00bb aussit\u00f4t dit, aussit\u00f4t servi. Mmmmm quel r\u00e9gal ! L\u2019anguille provoque un consensus autour des papilles de nos h\u00f4tes. C\u2019est alors qu\u2019une envie festive les prend, de trinquer, de chanter, danser, jouer de la musique.<\/p>\n<p>Andrea sort un violon de son livre, et Colin sort\u2026 le Pianocktail ! Un piano qui concocte des breuvages au fil des notes, et plus l\u2019harmonie est parfaite, plus les breuvages sont exquis. Commence alors un duo piano violon, haut en couleur, avec des influences slaves pour le violon, et jazzy pour le piano, qui se traduit par des cocktails bleu \u00e9lectriques et roses fuschia.&nbsp; Notre petite sorci\u00e8re accompagne ce duo en remplissant l\u2019espace de son corps par une danse enjou\u00e9e, \u00e9lastique et charmante, semant la bonne humeur autour d\u2019elle<\/p>\n<p>C\u2019est alors que Consuelo prend les r\u00eanes du pianocktail. Impr\u00e9gn\u00e9e par la musique de l\u2019amant de sa cr\u00e9atrice, un certain Chopin, elle aime profond\u00e9ment le piano. Le son divin qui s\u2019\u00e9chappe alors du Pianocktail, ces notes rapides qui coulent comme un ruisseau dans la montagne, \u00e0 la fois l\u00e9g\u00e8res et si profondes en m\u00eame temps, fait sortir du Pianocktail un vin digne de l\u2019ambroisie des dieux, pour terminer cette nuit si d\u00e9licieusement \u00e9trange.<\/p>\n<p>Puis la nuit touche \u00e0 sa fin, \u00e9clair\u00e9e par un orage violent dont les \u00e9clairs z\u00e8brent le ciel majestueusement, et dont la pluie battante berce nos h\u00f4tes, qui s\u2019en retournent d\u2019o\u00f9 ils viennent&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Andrea se retrouve \u00e0 la fin de son aventure, avec 20 ans de son histoire \u00e0 vivre et \u00e0 construire seul, avant de se retrouver \u00e0 nouveau sous la plume de sa cr\u00e9atrice, nez \u00e0 nez avec son bourreau. Pour vivre, il doit refermer le livre. Apr\u00e8s ce moment de plaisirs partag\u00e9s, il se retrouve dans la noirceur de sa r\u00e9alit\u00e9, et les larmes se mettent \u00e0 couler sur ses joues, en un flot continu. Et avec ses larmes, c\u2019est sa douleur qui coule. Je ne pourrais mieux dire que Victor Hugo dans Feuilles d\u2019Automne en cette occasion, aussi, lui emprunt\u00e9-je avec toute ma reconnaissance et mon admiration, ces quelques vers d\u2019une beaut\u00e9 absolue :<br \/>\n\u00ab Pleure afin de savoir ! Les larmes sont un don.<br \/>\nSouvent, les pleurs, apr\u00e8s l\u2019erreur et l\u2019abandon,<br \/>\nRaniment nos forces bris\u00e9es.<br \/>\nSouvent l\u2019\u00e2me, sentant, au doute qui s\u2019enfuit,<br \/>\nQu\u2019un jour int\u00e9rieur se l\u00e8ve dans sa nuit,<br \/>\nR\u00e9pand de ces douces ros\u00e9es \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La petite sorci\u00e8re s\u2019en retourne \u00e0 son b\u00fbcher, en emportant avec elle la pluie battante pour \u00e9teindre les flammes br\u00fblantes et allumer en \u00e9change les c\u0153urs les plus endurcis.<\/p>\n<p>Colin s\u2019en retourne \u00e0 son bonheur \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, qui sera bient\u00f4t perturb\u00e9 par un n\u00e9nuphar et par des canons \u00e0 fleurs.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Consuelo, elle n\u2019est qu\u2019au d\u00e9but de ses aventures, c\u2019est toute une vie fantastique et \u00e9nigmatique, domin\u00e9e par la beaut\u00e9 de l\u2019\u00e2me et de l\u2019art, qui l\u2019attend.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La cl\u00e9 tourne dans la porte, et Mathilde rentre dans son antre, les yeux encore plein de sommeil et l\u2019\u00e2me boudeuse. Pas envie de s\u2019y mettre ce matin, pas envie de ranger tout ce qu\u2019elle a laiss\u00e9 l\u00e0 hier, en vrac, parce qu\u2019elle a eu des visites impr\u00e9vues qu\u2019elle a joyeusement honor\u00e9es plut\u00f4t que de se consacrer \u00e0 la corv\u00e9e rangement.<br \/>\nMais curieusement, \u00e0 peine pass\u00e9e la porte et aval\u00e9 un peu de charme, son \u00e9tat d\u2019esprit change, elle est tout \u00e0 coup pleine d\u2019entrain, elle chantonne, elle sent la joie du printemps dans son c\u0153ur et elle s\u2019attaque au rangement sans avoir le sentiment d\u2019effectuer une corv\u00e9e.<br \/>\nTiens, l\u2019\u00e9cume des jours de Boris Vian, sur le petit nuage rose. Elle a \u00e9t\u00e9 ravie hier d\u2019apprendre que Claire, une adolescente d\u2019une quinzaine d\u2019ann\u00e9es qui vient souvent la voir \u00e0 la biblioth\u00e8que, avait ador\u00e9 ce livre.<br \/>\nPuis Mathilde se dit que \u00e7a serait bien de continuer en musique. Elle allume la cha\u00eene, qui diffuse sa musique par ses hauts parleurs accroch\u00e9s tout en haut, au septi\u00e8me rayon, et c\u2019est alors une chanson rythm\u00e9e et enjou\u00e9e qui sort, mise en musique par les T\u00eates Raides, sur un texte de Robert Desnos, l\u2019amour tombe des nues, qui raconte l\u2019histoire d\u2019une petite Sorci\u00e8re du Moyen \u00e2ge tr\u00e8s jolie\u2026<br \/>\nPuis elle aper\u00e7oit l\u2019Empreinte de l\u2019Ange, de Nancy Houston, qui d\u00e9passe du 3\u00e8me rayon. Tiens c\u2019est curieux, elle en parlait hier \u00e0 un homme qui cherchait des lectures nouvelles sur fonds historiques ou politiques du 20\u00e8me si\u00e8cle, mais elle n\u2019avait pas eu le temps de lui sortir le livre, car il devait aller chercher son petit-fils \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<br \/>\nEt bien \u00e7a y est, la biblioth\u00e8que est pr\u00eate \u00e0 ouvrir au public \u00e0 pr\u00e9sent\u2026 Ah ! elle a failli oubli\u00e9. Le gros pav\u00e9 de George Sand, Consuelo, qui tr\u00f4ne sur la table basse. Celui-l\u00e0 c\u2019est avec pr\u00e9caution et respect qu\u2019elle le manipule. Non pas que ce soit un livre pr\u00e9cieux par ses reliures ou par la raret\u00e9 de son tirage, non, c\u2019est juste que c\u2019est un livre pr\u00e9cieux par ce qu\u2019il contient.<\/p>\n<p>Oui, ce livre qu\u2019elle tient ce matin entre ses mains occupe une place de choix dans son coeur car c\u2019est la plus belle oeuvre qui lui ait jamais \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e de lire. Chaque phrase est un d\u00e9lice. Quand elle le lisait, ce n\u2019\u00e9tait pas l\u2019histoire qu\u2019elle buvait avec un bonheur tellement grand que sa bouche s\u2019entrouvrait en forme d\u2019un joli o ouvert d\u2019admiration, que son corps \u00e9tait parcouru de d\u00e9licieux frissons, et que ses yeux s\u2019humidifiaient. Non, c\u2019\u00e9tait la succession des mots et la beaut\u00e9 et le rythme des phrases qui d\u00e9filaient qui lui faisaient cet effet.<br \/>\nCe livre, elle ne le partage pas avec n\u2019importe qui. Mais hier, une jeune femme d\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es est venue le lui rapporter. En effet, elles ont sympathis\u00e9 la semaine derni\u00e8re en partageant leur passion commune : l\u2019amour de la lecture. Alors, Mathilde a r\u00e9dig\u00e9 une petite liste sp\u00e9cialement pour cette nouvelle, dont le diamant est Consuelo. En lui rendant le livre, la jeune femme lui dit : \u00ab On n\u2019est pas triste quand on a fini Consuelo. C\u2019est une \u0153uvre tellement pleine et g\u00e9n\u00e9reuse, de g\u00e9nie, de v\u00e9rit\u00e9s, de beaut\u00e9s et de jouissances, qu\u2019on ne peut refermer ce livre qu\u2019heureux, diff\u00e9rent, enrichi de l\u2019\u00e2me et des tripes. Merci beaucoup pour cette d\u00e9couverte ! \u00bb<\/p>\n<p>Mathilde prend Consuelo, le range d\u00e9licatement \u00e0 sa place, souriante de b\u00e9atitude et de pl\u00e9nitude, en se disant que d\u00e9cid\u00e9ment, elle aime son m\u00e9tier !<br \/>\nTiens, c\u2019est curieux, \u00e7a sent bon la rose ici\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">FIN<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&nbsp;Pauline Dumail &#8211; Nouvelle \u00e9crite pour les 10 ans de la biblioth\u00e8que de Beaumont sur Oise, sur le th\u00e8me \u00ab\u00a0A la biblioth\u00e8que\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><!-- divi:block {\"ref\":14675} \/-->[\/et_pb_text][et_pb_button button_url=\u00a0\u00bbhttps:\/\/paulinedumail.com\/index.php\/blog\/\u00a0\u00bb button_text=\u00a0\u00bbPublications du blog\u00a0\u00bb button_alignment=\u00a0\u00bbleft\u00a0\u00bb _builder_version=\u00a0\u00bb4.4.5&Prime; custom_button=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb button_text_size=\u00a0\u00bb16px\u00a0\u00bb][\/et_pb_button][\/et_pb_column][\/et_pb_row][\/et_pb_section]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pauline Dumail<br \/>\n Nouvelle \u00e9crite pour les dix ans de la biblioth\u00e8que de Beaumont sur Oise en 2010, sur le th\u00e8me \u00ab\u00a0A la biblioth\u00e8que\u00a0\u00bb<br \/>\nAndrea, Consuelo, Colin et la petite sorci\u00e8re se retrouvent pour cr\u00e9er un bout d&rsquo;histoire ensemble&#8230; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"on","_et_pb_old_content":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Andrea est au 3\u00e8me \u00e9tage. Il regarde la grande table en bois, g\u00e9n\u00e9reuse et massive, qui tr\u00f4ne au rez de chauss\u00e9e. Il a envie de la toucher, de la sentir tout contre lui, de se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer au contact de ce bois salvateur. Il est totalement abasourdi par ce qui vient de lui arriver. Les deux anges de sa vie viennent de le quitter brutalement et \u00e0 jamais. Ce petit homme, qu\u2019il aimait comme si c\u2019\u00e9tait son propre fils, assassin\u00e9 brutalement par son p\u00e8re, qui a d\u00e9couvert qu\u2019on le trompait depuis tout ce temps. Andrea sent une boule de feu au niveau du plexus solaire, et le d\u00e9but de son \u0153sophage dans sa gorge qui se r\u00e9tr\u00e9cit. Il a mal \u00e0 des endroits qu\u2019il ne connaissait pas. Et cette douleur est trop fra\u00eeche et trop violente pour qu\u2019il puisse l\u2019exprimer. Pas de larmes, pas de cris, pas de violence. Tout est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Quant \u00e0 son autre ange, la maman de ce petit gar\u00e7on, qu\u2019il a aim\u00e9e comme il n\u2019avait jamais aim\u00e9 personne, passionn\u00e9ment, tendrement, s\u00e9v\u00e8rement parfois, toujours avec un grand respect et une complicit\u00e9 sans pareille, elle a disparu, s\u2019est \u00e9vanouie, et il sait qu\u2019il ne la reverra jamais. Son Eden appartient au pass\u00e9 \u00e0 pr\u00e9sent, et laissera une empreinte, juste une empreinte, dans son c\u0153ur, quand l\u2019amertume et la douleur se seront estomp\u00e9es.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9chelle a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9e. Pour descendre, il va falloir faire des acrobaties. Mais cela ne fait pas peur \u00e0 Andrea. C\u2019est un homme trapu, aux mains charnues, habitu\u00e9 \u00e0 l\u2019effort. Un d\u00e9fenseur actif des Alg\u00e9riens qui subissent tortures et violences dans l\u2019ignorance et l\u2019indiff\u00e9rence totale de leurs contemporains, qui milite, et se met souvent en danger pour d\u00e9fendre leur cause. Alors ce ne sont pas trois petits \u00e9tages qui vont lui faire peur. Le voici donc en train de descendre les \u00e9tages, s\u2019accrochant m\u00e9ticuleusement, s\u2019aidant de ses jambes, tel un grimpeur averti. Il arrive en bas en quelques minutes, sans difficult\u00e9, s\u2019assoit pr\u00e8s de la table, pose sa t\u00eate dessus, bras \u00e9cart\u00e9s, et prend une grande respiration. Il fait tr\u00e8s sombre.<\/p>\n<p>Tout \u00e0 coup, la lumi\u00e8re s\u2019allume, et Andrea d\u00e9couvre qu\u2019il n\u2019est pas seul. Une jeune femme, v\u00eatue d\u2019une robe noire d\u2019un autre temps, se tient pr\u00e8s de l\u2019interrupteur, et regarde avec curiosit\u00e9 les ordinateurs situ\u00e9s au bout de la pi\u00e8ce. \u00ab Bonjour \u00bb, dit-elle timidement. Andrea la regarde, sans rien dire, calmement, bien qu\u2019un peu surpris, et un peu d\u00e9rang\u00e9.<\/p>\n<p>Elle se met \u00e0 lui raconter Venise, et elle ne sait pas pourquoi, elle qui d\u2019habitude est si pudique, face \u00e0 Andrea, \u00e0 cette nature brute et authentique, elle se met \u00e0 d\u00e9verser le trop plein qu\u2019elle a sur le c\u0153ur, son histoire d\u2019amour avec Anzoleto, sa trahison, son comportement volage, et surtout son rapport futile \u00e0 l\u2019art qui est si sacr\u00e9 pour elle. Au fur et \u00e0 mesure qu\u2019elle avance dans son discours, le ton de sa voix monte, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle en arrive \u00e0 hurler sa douleur. Puis elle se calme, et regarde Andrea d\u2019un air interrogatif et curieux.<\/p>\n<p>Andrea observe cette jeune femme et sa col\u00e8re, bien qu\u2019il ne comprenne pas un mot de ce qu\u2019elle raconte. Sa langue \u00e0 lui est le Hongrois, et celle qu\u2019il utilise dans sa vie quotidienne parisienne le Fran\u00e7ais. Consuelo est italienne, et quand elle comprend qu\u2019Andrea n\u2019a pas compris un traitre mot de son discours, elle se met \u00e0 rire, d\u2019un rire clair et pur, qui la transforme totalement, la faisant passer de laide \u00e0 belle.<\/p>\n<p>Ils d\u00e9couvrent ensuite qu\u2019ils connaissent le fran\u00e7ais tous les deux, et c\u2019est un charmant \u00e9change qui commence alors, du fran\u00e7ais \u00e0 la sauce hongro-italienne. Andrea vient des ann\u00e9es 60, et Consuelo du 19\u00e8me si\u00e8cle\u2026.<\/p>\n<p>Soudain, un coup de vent soul\u00e8ve leurs chevelures, poivre et sel pour Andrea, noire \u00e9b\u00e8ne pour Consuelo, d\u2019une mani\u00e8re presque imperceptible d\u2019abord, puis une deuxi\u00e8me fois, un peu plus franchement. C\u2019est alors qu\u2019ils l\u00e8vent les yeux, et voient une charmante et jolie sorci\u00e8re du moyen \u00e2ge, qui descend du 7\u00e8me \u00e9tage, sur son balai, lorsque le balai tangue \u00e0 droite, puis tangue \u00e0 gauche, et vlan ! voil\u00e0 notre petite sorci\u00e8re au milieu de la table, dans une position embarrassante, qui semble plus d\u2019ailleurs g\u00eaner les autres qu\u2019elle-m\u00eame, sur la partie la plus charnue de son individu et les quatre fers en l\u2019air\u2026<\/p>\n<p>\u00ab Ouch \u00bb dit-elle en se relevant et en se frottant douloureusement l\u2019arri\u00e8re-train. \u00ab Bonjour, je me suis \u00e9chapp\u00e9e car on voulait me br\u00fbler. J\u2019esp\u00e8re que vous n\u2019avez pas ce genre de vell\u00e9it\u00e9s ? \u00bb&nbsp; Tout en parlant, elle sort de sa besace magique une fiole, dont elle verse quelques gouttes dans sa main, puis qu\u2019elle applique l\u00e0 o\u00f9 la douleur tape. Consuelo, intrigu\u00e9e et int\u00e9ress\u00e9e, approche son nez de la fiole, et d\u00e9couvre alors une odeur in\u00e9dite, ni agr\u00e9able ni repoussante, qui ne fait pas partie de sa m\u00e9moire olfactive. \u00ab C\u2019est de l\u2019huile essentielle d\u2019immortelle \u00bb lui dit la sorci\u00e8re avec ses yeux rieurs et espi\u00e8gles. \u00ab C\u2019est la sp\u00e9ciale h\u00e9matomes ! \u00bb<\/p>\n<p>Notre petite sorci\u00e8re respire alors l\u2019air ambiant, et s\u2019impr\u00e8gne des \u00e9nergies de ce nouvel endroit. Elle ressent ainsi la violence du choc et de la douleur d\u2019Andrea, ainsi que la col\u00e8re de Consuelo. Elle sort de sa besace deux autres fioles, \u00e0 boire cette fois, une pour Andrea, et une pour Consuelo. \u00ab Tenez \u00bb dit-elle (sa langue \u00e0 elle est le fran\u00e7ais),&nbsp; Le Rescue pour vous Monsieur, et le H\u00eatre pour vous Mademoiselle.<\/p>\n<p>Chacun prend ses gouttes, et tout \u00e0 coup, les \u00e9motions n\u00e9fastes font place \u00e0 un bien-\u00eatre plein, cet endroit devient p\u00e9tillant et paisible, et attire Colin, qui arrive de l\u2019espace enfants, transport\u00e9 par le petit nuage qui sert de tabouret aux petits en journ\u00e9e, et envelopp\u00e9 tout entier d\u2019une voluptueuse odeur de rose. La fleur de l\u2019amour.<\/p>\n<p>Oui, Colin est amoureux, et \u00e7a se voit. Vous savez, c\u2019est une petite boule de paillettes qui p\u00e9tillent en-dessous du nombril. Et puis \u00e7a remonte tout l\u2019\u0153sophage, \u00e7a entoure les \u00e9paules, \u00e7a redescend dans le dos, \u00e7a passe dans les reins avant de remonter jusqu\u2019\u00e0 la bouche, \u00e7a tire les zygomatiques vers le haut, et puis les deux paillettes qui sont n\u00e9es sous le nombril viennent se loger chacune dans un \u0153il. \u00c7a tire la t\u00eate vers le haut et \u00e7a la met dans le nuage rose. \u00c7a acc\u00e9l\u00e8re les battements du c\u0153ur. \u00c7a d\u00e9concentre, \u00e7a destabilise et \u00e7a rend heureux.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les pr\u00e9sentations, la petite sorci\u00e8re donne \u00e0 Colin un peu de cl\u00e9matite pour qu'il soit avec eux, et s\u2019\u00e9crit tout \u00e0 coup : \u00ab je suis affam\u00e9e ! je mangerais du lion ! \u00bb ce \u00e0 quoi Colin, \u00e9cumant son livre, r\u00e9pond : \u00ab oh ! quelle bonne id\u00e9e ! nous allons partager l\u2019anguille que mon ami a cuisin\u00e9e, c\u2019est un artiste, attention les papilles ! \u00bb aussit\u00f4t dit, aussit\u00f4t servi. Mmmmm quel r\u00e9gal ! L\u2019anguille provoque un consensus autour des papilles de nos h\u00f4tes. C\u2019est alors qu\u2019une envie festive les prend, de trinquer, de chanter, danser, jouer de la musique.<\/p>\n<p>Andrea sort un violon de son livre, et Colin sort\u2026 le Pianocktail ! Un piano qui concocte des breuvages au fil des notes, et plus l\u2019harmonie est parfaite, plus les breuvages sont exquis. Commence alors un duo piano violon, haut en couleur, avec des influences slaves pour le violon, et jazzy pour le piano, qui se traduit par des cocktails bleu \u00e9lectriques et roses fuschia.&nbsp; Notre petite sorci\u00e8re accompagne ce duo en remplissant l\u2019espace de son corps par une danse enjou\u00e9e, \u00e9lastique et charmante, semant la bonne humeur autour d\u2019elle<\/p>\n<p>C\u2019est alors que Consuelo prend les r\u00eanes du pianocktail. Impr\u00e9gn\u00e9e par la musique de l\u2019amant de sa cr\u00e9atrice, un certain Chopin, elle aime profond\u00e9ment le piano. Le son divin qui s\u2019\u00e9chappe alors du Pianocktail, ces notes rapides qui coulent comme un ruisseau dans la montagne, \u00e0 la fois l\u00e9g\u00e8res et si profondes en m\u00eame temps, fait sortir du Pianocktail un vin digne de l\u2019ambroisie des dieux, pour terminer cette nuit si d\u00e9licieusement \u00e9trange.<\/p>\n<p>Puis la nuit touche \u00e0 sa fin, \u00e9clair\u00e9e par un orage violent dont les \u00e9clairs z\u00e8brent le ciel majestueusement, et dont la pluie battante berce nos h\u00f4tes, qui s\u2019en retournent d\u2019o\u00f9 ils viennent...<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Andrea se retrouve \u00e0 la fin de son aventure, avec 20 ans de son histoire \u00e0 vivre et \u00e0 construire seul, avant de se retrouver \u00e0 nouveau sous la plume de sa cr\u00e9atrice, nez \u00e0 nez avec son bourreau. Pour vivre, il doit refermer le livre. Apr\u00e8s ce moment de plaisirs partag\u00e9s, il se retrouve dans la noirceur de sa r\u00e9alit\u00e9, et les larmes se mettent \u00e0 couler sur ses joues, en un flot continu. Et avec ses larmes, c\u2019est sa douleur qui coule. Je ne pourrais mieux dire que Victor Hugo dans Feuilles d\u2019Automne en cette occasion, aussi, lui emprunt\u00e9-je avec toute ma reconnaissance et mon admiration, ces quelques vers d\u2019une beaut\u00e9 absolue :<br>\n\u00ab Pleure afin de savoir ! Les larmes sont un don.<br>\nSouvent, les pleurs, apr\u00e8s l\u2019erreur et l\u2019abandon,<br>\nRaniment nos forces bris\u00e9es.<br>\nSouvent l\u2019\u00e2me, sentant, au doute qui s\u2019enfuit,<br>\nQu\u2019un jour int\u00e9rieur se l\u00e8ve dans sa nuit,<br>\nR\u00e9pand de ces douces ros\u00e9es \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La petite sorci\u00e8re s\u2019en retourne \u00e0 son b\u00fbcher, en emportant avec elle la pluie battante pour \u00e9teindre les flammes br\u00fblantes et allumer en \u00e9change les c\u0153urs les plus endurcis.<\/p>\n<p>Colin s\u2019en retourne \u00e0 son bonheur \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, qui sera bient\u00f4t perturb\u00e9 par un n\u00e9nuphar et par des canons \u00e0 fleurs.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Consuelo, elle n\u2019est qu\u2019au d\u00e9but de ses aventures, c\u2019est toute une vie fantastique et \u00e9nigmatique, domin\u00e9e par la beaut\u00e9 de l\u2019\u00e2me et de l\u2019art, qui l\u2019attend.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La cl\u00e9 tourne dans la porte, et Mathilde rentre dans son antre, les yeux encore plein de sommeil et l\u2019\u00e2me boudeuse. Pas envie de s\u2019y mettre ce matin, pas envie de ranger tout ce qu\u2019elle a laiss\u00e9 l\u00e0 hier, en vrac, parce qu\u2019elle a eu des visites impr\u00e9vues qu\u2019elle a joyeusement honor\u00e9es plut\u00f4t que de se consacrer \u00e0 la corv\u00e9e rangement.<br>\nMais curieusement, \u00e0 peine pass\u00e9e la porte et aval\u00e9 un peu de charme, son \u00e9tat d\u2019esprit change, elle est tout \u00e0 coup pleine d\u2019entrain, elle chantonne, elle sent la joie du printemps dans son c\u0153ur et elle s\u2019attaque au rangement sans avoir le sentiment d\u2019effectuer une corv\u00e9e.<br>\nTiens, l\u2019\u00e9cume des jours de Boris Vian, sur le petit nuage rose. Elle a \u00e9t\u00e9 ravie hier d\u2019apprendre que Claire, une adolescente d\u2019une quinzaine d\u2019ann\u00e9es qui vient souvent la voir \u00e0 la biblioth\u00e8que, avait ador\u00e9 ce livre.<br>\nPuis Mathilde se dit que \u00e7a serait bien de continuer en musique. Elle allume la cha\u00eene, qui diffuse sa musique par ses hauts parleurs accroch\u00e9s tout en haut, au septi\u00e8me rayon, et c\u2019est alors une chanson rythm\u00e9e et enjou\u00e9e qui sort, mise en musique par les T\u00eates Raides, sur un texte de Robert Desnos, l\u2019amour tombe des nues, qui raconte l\u2019histoire d\u2019une petite Sorci\u00e8re du Moyen \u00e2ge tr\u00e8s jolie\u2026<br>\nPuis elle aper\u00e7oit l\u2019Empreinte de l\u2019Ange, de Nancy Houston, qui d\u00e9passe du 3\u00e8me rayon. Tiens c\u2019est curieux, elle en parlait hier \u00e0 un homme qui cherchait des lectures nouvelles sur fonds historiques ou politiques du 20\u00e8me si\u00e8cle, mais elle n\u2019avait pas eu le temps de lui sortir le livre, car il devait aller chercher son petit-fils \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<br>\nEt bien \u00e7a y est, la biblioth\u00e8que est pr\u00eate \u00e0 ouvrir au public \u00e0 pr\u00e9sent\u2026 Ah ! elle a failli oubli\u00e9. Le gros pav\u00e9 de George Sand, Consuelo, qui tr\u00f4ne sur la table basse. Celui-l\u00e0 c\u2019est avec pr\u00e9caution et respect qu\u2019elle le manipule. Non pas que ce soit un livre pr\u00e9cieux par ses reliures ou par la raret\u00e9 de son tirage, non, c\u2019est juste que c\u2019est un livre pr\u00e9cieux par ce qu\u2019il contient.<\/p>\n<p>Oui, ce livre qu\u2019elle tient ce matin entre ses mains occupe une place de choix dans son coeur car c\u2019est la plus belle oeuvre qui lui ait jamais \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e de lire. Chaque phrase est un d\u00e9lice. Quand elle le lisait, ce n\u2019\u00e9tait pas l\u2019histoire qu\u2019elle buvait avec un bonheur tellement grand que sa bouche s\u2019entrouvrait en forme d\u2019un joli o ouvert d\u2019admiration, que son corps \u00e9tait parcouru de d\u00e9licieux frissons, et que ses yeux s\u2019humidifiaient. Non, c\u2019\u00e9tait la succession des mots et la beaut\u00e9 et le rythme des phrases qui d\u00e9filaient qui lui faisaient cet effet.<br>\nCe livre, elle ne le partage pas avec n\u2019importe qui. Mais hier, une jeune femme d\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es est venue le lui rapporter. En effet, elles ont sympathis\u00e9 la semaine derni\u00e8re en partageant leur passion commune : l\u2019amour de la lecture. Alors, Mathilde a r\u00e9dig\u00e9 une petite liste sp\u00e9cialement pour cette nouvelle, dont le diamant est Consuelo. En lui rendant le livre, la jeune femme lui dit : \u00ab On n\u2019est pas triste quand on a fini Consuelo. C\u2019est une \u0153uvre tellement pleine et g\u00e9n\u00e9reuse, de g\u00e9nie, de v\u00e9rit\u00e9s, de beaut\u00e9s et de jouissances, qu\u2019on ne peut refermer ce livre qu\u2019heureux, diff\u00e9rent, enrichi de l\u2019\u00e2me et des tripes. Merci beaucoup pour cette d\u00e9couverte ! \u00bb<\/p>\n<p>Mathilde prend Consuelo, le range d\u00e9licatement \u00e0 sa place, souriante de b\u00e9atitude et de pl\u00e9nitude, en se disant que d\u00e9cid\u00e9ment, elle aime son m\u00e9tier !<br>\nTiens, c\u2019est curieux, \u00e7a sent bon la rose ici\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">FIN<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&nbsp;Pauline Dumail - Nouvelle \u00e9crite pour les 10 ans de la biblioth\u00e8que de Beaumont sur Oise, sur le th\u00e8me \"A la biblioth\u00e8que\".<\/p>\n\n<!-- wp:block {\"ref\":14675} \/-->","_et_gb_content_width":"","_price":"","_stock":"","_tribe_ticket_header":"","_tribe_default_ticket_provider":"","_tribe_ticket_capacity":"0","_ticket_start_date":"","_ticket_end_date":"","_tribe_ticket_show_description":"","_tribe_ticket_show_not_going":false,"_tribe_ticket_use_global_stock":"","_tribe_ticket_global_stock_level":"","_global_stock_mode":"","_global_stock_cap":"","_tribe_rsvp_for_event":"","_tribe_ticket_going_count":"","_tribe_ticket_not_going_count":"","_tribe_tickets_list":"[]","_tribe_ticket_has_attendee_info_fields":false,"_EventAllDay":false,"_EventTimezone":"","_EventStartDate":"","_EventEndDate":"","_EventStartDateUTC":"","_EventEndDateUTC":"","_EventShowMap":false,"_EventShowMapLink":false,"_EventURL":"","_EventCost":"","_EventCostDescription":"","_EventCurrencySymbol":"","_EventCurrencyCode":"","_EventCurrencyPosition":"","_EventDateTimeSeparator":"","_EventTimeRangeSeparator":"","_EventOrganizerID":[],"_EventVenueID":[],"_OrganizerEmail":"","_OrganizerPhone":"","_OrganizerWebsite":"","_VenueAddress":"","_VenueCity":"","_VenueCountry":"","_VenueProvince":"","_VenueState":"","_VenueZip":"","_VenuePhone":"","_VenueURL":"","_VenueStateProvince":"","_VenueLat":"","_VenueLng":"","_VenueShowMap":false,"_VenueShowMapLink":false,"footnotes":""},"categories":[26],"tags":[],"class_list":["post-288","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-prose-sensorielle"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/paulinedumail.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/288","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/paulinedumail.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/paulinedumail.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/paulinedumail.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/paulinedumail.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=288"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/paulinedumail.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/288\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20080,"href":"https:\/\/paulinedumail.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/288\/revisions\/20080"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/paulinedumail.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=288"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/paulinedumail.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=288"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/paulinedumail.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=288"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}