Elle brille effrontément dans le ciel étoilé dont les plumeaux en nuages ont disparu ce soir,  balayés par les tourbillons du vent. Vent qui chante, vent qui crie, vent qui décolle et décape.

Elle signe le temps qui passe. La fin et le renouveau. Oui, le renouveau pousse au portillon et nous presse.

Il fut un temps jadis où je me serais laissée happer par ces jeunes pousses, ces prémices. Pour ne pas voir, pour ne pas ressentir. Pour ne pas refermer la porte en conscience. Un temps où j’aurais laissé cette porte, maladroitement, se claquer sur mon nez. Anesthésiée par les injonctions du faire, dans une fuite en avant comme un puits sans fond.

 Mais toutes ces lunes passées ont apporté dans le miel et le fiel du temps, une once de maturité.

Et ce soir, avant de plonger tête baissée dans les fleurs printanières des projets bourgeonnants, j’ai besoin d’un temps d’arrêt. Un temps pour accueillir ce déracinement. Un temps pour panser mes plaies, ma tristesse et mon désarroi. Un temps pour dire au revoir à ce qui fut, et qui bientôt, ne sera plus.

 Un temps avec les miens, un temps avec ma terre.

Parcourir ces routes de campagne où les ombres des cyprès et des lauriers s’étirent et jouent avec la lumière de cette lune pleine, ronde, énorme et mordorée. Embrasser ces ombres et plonger mes yeux dans les yeux de ceux qui m’ont vue naître et grandir. Me dire que je ne les reverrai pas de si tôt, et quand exactement ? Je ne sais pas. Abyssal et angoissant. Parcourir ces chemins comme une dernière fois. Avec ce regard plein, teinté du besoin d’imprimer tous ces détails dans ma mémoire comme un trésor, et humidifié par cette sensation oppressante de dernière fois. Le vide. La béance. Une racine profondément arrimée, depuis des générations, et toutes ses ramifications, que l’on arrache. Violemment. Cruellement.

 J’ai mal aux dents ce soir. Et au cœur.

Dire au revoir, avant de dire bonjour.