Il y a des envies comme des appels impérieux et irrésistibles.

Aujourd’hui, c’est l’huile essentielle d’herbe des rois qui m’appelle. Cette plante endémique de Madagascar de la famille des Astéracées porte le long de ses tiges des feuilles formant des ailes. Elle pousse dans les zones peu humides et fleurit à la saison sèche. Ce sont les parties aériennes qui sont distillées. Son arôme est d’une rare intensité. Presqu’aussi puissante dans sa profondeur qu’une résine, son odeur d’un fruit légèrement trop mûr donne la sensation d’une grosse sphère qui entre au niveau du nombril, et remonte, comme une bulle de champagne, jusqu’à la gorge. Utilisée par les guérisseurs pour éloigner le mauvais sort, c’est une plante sacrée.

Mais l’appel que je ressens depuis quelques jours est déconnecté de cette analyse. J’ai juste envie de plonger mon nez dedans, et de créer un parfum en partant d’elle. J’ai bien une petite idée de à quoi et à qui il pourrait servir, mais peu importe. La création lorsqu’elle jaillit, est dénuée d’objectif. Elle ne se matérialise dans sa plus pure expression que lorsqu’elle fait echo à un appel intérieur. C’est là qu’elle trouve sa beauté et sa quintessence. Elle peut être inspirée par une idée, un projet, une personne, une vibration, mais si elle est mue par l’objectif de répondre à une commande, de plaire à quelqu’un, alors elle devient prisonnière d’un cadre qui la fait passer du statut d’art à celui d’artisanat. C’est la projection de ce qu’elle pourrait être dans le futur qui lui fait perdre son intensité, sa profondeur et son audace. Qui redonne au mental la place prépondérante qu’il a dans nos quotidiens, et qu’il perd dans le geste créateur pur, dénué de peur. Le geste créateur qui met l’artiste face à lui-même, sans se préoccuper du regard de l’autre. Plus tard, lorsque son oeuvre, peinture, écriture, musique, parfum et bien d’autres encore, sera exposée à son public, elle cessera de lui appartenir, et trouvera l’écrin de sa propre existence à travers la farandole d’émotions qu’elle génèrera auprès de ceux qui la côtoieront.

Avec quoi vais-je habiller cette herbe des rois ? Besoin de lâcher le mental. Une méditation ? dans mon jardin ? non, besoin de donner un peu de mouvement à mon corps, et de m’éloigner des bruits de tondeuses des voisins. Une ballade au bord de la rivière qui coule derrière chez moi.

Me voici partie, la touche olfactive au nez, les oreilles en quête des bruits de la nature, les yeux à l’affût des orties. A la recherche de l’endroit où je vais m’installer en méditation. Un premier endroit où le bruit de l’eau qui coule m’appelle. Mais le béton au-dessus de la rivière me repousse. Un deuxième endroit, un peu plus loin sur le chemin, en contre-bas, au niveau de l’eau, semble bien agréable, mais la terre est trop humide pour s’y asseoir. ça y est, je l’ai trouvé. un petit coin épargné par les orties, moelleux, accueillant. oui, c’est là. Je m’apprête à fermer les yeux, lorsque je découvre que je viens de m’installer sur spot… à libellules… et à papillons. mon coeur pétille et mes yeux, au lieu de se fermer, s’ouvrent en grand. Elles sont d’un bleu qui me transperce de bonheur par son intensité. Plus profond que le turquoise, presque fuorescent tellement il est lumineux, ce bleu est tout simplement joyeux. elles dansent au-dessus de l’eau. Alors je ferme les yeux un instant, et j’essaie d’imaginer quelles essences pourraient s’assembler avec l’herbe des rois, sur cette vibration de bleu de fée des bois. Puis je rouvre les yeux, et me retrouve nez à nez avec un papillon orange. J’ai la sensation que je ne suis pas seule aujourd’hui.

3 essences me viennent, que je garde secrètes pour l’instant. Secrets d’alchimiste…

Je ferme les yeux à nouveau. Un bruit étrange me les fait rouvrir. C’est une poule d’eau, toute noire, avec un bec orange qui pète, et ses 4 petits, qui se promènent avec nonchalance.

Je regarde à nouveau ces si belles libellules et les papillons. Que c’est bon d’être vivante.

Après un long moment, je me lève et m’apprête à entamer le chemin du retour. Une cinquantaine de mètres, un coup d’oeil à la rivière et…. oh ! la libellule étincelante m’a suivie, et… le papillon orange aussi !! Je souris, décidément, je ne suis vraiment pas seule aujourd’hui. Je continue. Tout le retour, jusqu’au bout de la rivière, va être agrémenté de vols bleus et oranges qui sont comme des grelots et me disent « coucou, on est là ».

Stop et sourire au moment de quitter la rivière. Rejoindre le chemin qui me rapproche de chez moi, et en bordure, encore le papillon orange !

Quelle belle escapade ! Le mot qui me vient est MERCI !

Partie avec l’herbe des rois, me voici à présent avec 4 essences à assembler. Je sais par expérience que d’autres viendront accessoiriser cette symphonie, en laissant le temps au temps. Mais pour l’instant, un jeu de gouttes à gouttes délicieux m’attend.

Pauline Dumail

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